Iceberg

Libellule inspirée, Jelly vous livre dans cette rubrique ses histoires courtes. « Iceberg » est la sixième nouvelle mise en ligne sur le blog.

Lundi matin. C’est le grand jour : me voilà de retour au bureau. Pour l’occasion, je viens tout juste de faire refaire ma couleur et j’arbore aujourd’hui un blond polaire des plus froids. On ne se connait pas encore, alors autant que vous le sachiez de suite : je ne suis pas commode. Victoire, trente-neuf ans, femme d’acier réfrigérante qui ne fait pas dans la dentelle. Ce n’est pas pour rien si mon surnom officieux, dont j’ai connaissance depuis des lustres, se trouve être « tyran ». D’ailleurs, au boulot, tout le monde me déteste, et bon sang que j’aime ça…

Vendredi, j’ai commencé la journée avec un plaisir frigorifique des plus jouissifs : envoyer un mail à toute l’équipe annonçant ma joie ô combien intense de les retrouver dès lundi. D’ailleurs, à l’heure où j’écris ces lignes dans mon taxi, ils sont tous probablement dépités, prostrés à leur bureau depuis 8h. Il faut dire qu’au regard des chiffres glaçants du trimestre, – dont je viens de prendre connaissance en manquant de m’étouffer avec mon croissant sans beurre 0%-, ils n’ont pas fichu grand-chose en mon absence. Cela ne m’étonne qu’à moitié, vu le management plus que douteux de Sandrine, ma remplaçante frigide à souhait.

Ce matin, je m’apprête à faire mon grand retour et j’ai répété mon arrivée glaciale, savamment orchestrée, qu’ils ne sont pas prêts d’oublier. Je vous passe les détails, le message est givré : « J’espère que vous avez bien profité en mon absence parce que là, je reviens parmi vous et je suis en pleine forme. » A peine arrivée dans l’entrée de l’entreprise, j’aperçois cette niaise de Sandrine. Cette dernière a l’air pressée et me dit à peine bonjour. En voilà des manières….

Troublée par cette scène improbable, mon café me glisse des mains et je vois avec terreur le liquide marron se répandre sur la moquette. Bon dieu, que m’arrive-t-il ? Serais-je devenue maladroite ? Que nenni ! Autour de moi, chacun continue à faire semblant de travailler. Je connais mieux que personne chaque énergumène qui travaille dans cette boite, et pourtant, aucune silhouette que je croise sur mon passage ne m’est familière.  Serais-je dans une dimension parallèle ?

9h20. Je pénètre dans mon open scape. Silence. Bon dieu, où ces imbéciles sont-ils donc passés ? Brouhaha strident.
Surpriseee !  Welcome Back Victoire !
Une musique retentit et je vois les membres de mon équipe se jeter sur moi. Je relève la tête et aperçois alors au milieu de la pièce un gâteau meringué portant l’inscription « Meilleure Boss ». Sandrine fonce illico droit sur moi et me remet une jolie carte XXL, où chacun a inscrit un joli mot. Interloquée, je les fixe : je m’attendais à tout sauf à ça. C’en est trop pour moi, l’iceberg se brise net : je sens mes yeux s’emplir de larmes et les serre dans mes bras un à un.  Merci à vous, foutues hormones post-grossesses… Soudain, je reprends mes esprits. « Bon allez, on mangera le gâteau plus tard. Tous en salle Tockyo, la réunion sur les chiffres à lieu à 9h30 tapantes ! »  

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