Maudite : épisode #2

Chaque mois, retrouvez dans cette rubrique une nouvelle histoire inédite découpée en 4 épisodes. Ce mois-ci, Jelly explore le genre fantastique en vous livrant le récit de « Maudite », toute première histoire au cours de laquelle vous allez suivre les aventures de Justine et son talisman. Après l’épisode 1, voici la suite de l’histoire ! Bonne libé-lecture !

Incapable de bouger, Justine resta là. Frigorifiée, elle sentit ses membres se crisper. La sensation de chaleur qui avait envahi son corps un peu plus tôt s’était évanouie : l’adolescente était frigorifiée. Abandonnée seule, au beau milieu du bois, elle rassembla ses dernières forces et avança droit devant elle.

Par chance, la forêt ardéchoise n’était pas déserte. Justine rencontra d’aimables passants qui l’orientèrent et finit par regagner l’endroit précis où le minibus l’avait laissée. Alors que la nuit était sur le point de tomber sur la forêt, les Ledoux, morts d’inquiétude, furent rassurés de voir l’adolescente revenir saine et sauve. Patricia se jeta littéralement dans les bras de Justine en la voyant. Cette dernière tâcha de cacher son angoisse… et le trouble dans lequel elle se trouvait.

Alors qu’elle leur livrait sa version de ce qui s’était produit (distraite un instant, elle avait perdu la trace du groupe, et puis….. ), Patricia s’empressa de la rassurer. Ce sont des choses qui arrivent, lui rétorqua-t-elle. Certes, il était tard et le groupe était reparti depuis un bon moment déjà mais ce n’était pas grave, ils allaient trouver un taxi et rentrer à la maison.  Non, elle n’avait pas à s’inquiéter : ils ne diraient rien à ses parents.

Dans le taxi qui les ramenait à la villa, Justine capta à peine les paroles des Ledoux. Elle-même ne comprenait pas bien ce qu’elle venait de vivre et une seule interrogation l’obsédait à présent : qui était donc ce garçon et pourquoi avait-il agi de la sorte ? L’attirer à lui, lui offrir ce bijou sorti des eaux du torrent, puis l’abandonner dans les bois… Tout cela ne menait à rien. Quelque chose clochait et cela tourmentait l’adolescente. A Stéphane et Patricia, elle parla de Théo, ce garçon énigmatique, à qui elle devait son égarement dans les bois. Cet ado qu’ils avaient forcément dû remarquer…
– C’est bizarre, je ne me souviens pas avoir vu un autre jeune de ton âge dans le groupe…. assura Stéphane.
– C’est vrai ça… Il n’y avait que des adultes et des jeunes enfants, compléta Patricia.
– Justine, tu es sûre que ça va ? renchérit-il.  Je crois que tu es un peu perturbée
– C’est tout à fait normal, après ce qui lui est arrivée ! conclut Patricia, mettant un point final à la conversation.

Justine était pourtant certaine d’avoir vu Théo dans le groupe depuis le début de la ballade…. Avait-elle rêvé ou était-ce possible qu’il ait pu s’infiltrer dans le groupe à un moment donné, sans qu’aucun des Ledoux ne le remarque ? De retour à la maison, les deux familles reprirent le cours de ses vacances comme si de rien n’était. Mais l’adolescente en était certaine : depuis cet après-midi-là, quelque chose en elle avait changé et elle sentait bien que le pendentif qu’elle portait à son cou n’y était pas pour rien.

Alors qu’elle avait éprouvé une vive sensation de brulure, suivie d’un mal-être, au moment de toucher la pierre, Justine se sentait à présent merveilleusement bien. Comme si des ondes positives s’étaient infiltrées en elle et avaient pris possession de tout son être. Elle n’en voulait même plus à ses parents et, à leur grand étonnement, se mit à leur reparler dès le lendemain, comme si de rien n’était.

Krystel, quant à elle, avait remarqué un changement dans l’attitude de sa fille. Cette dernière était miraculeusement de très bonne humeur et elle trouvait cela déroutant. L’adolescente se comportait étrangement à l’opposé de son attitude de ces derniers jours. Aussi, Krystel demanda-t-elle à Patricia s’il s’était passé quelque chose de spécial cet après-midi-là. Cette dernière répondit tout naturellement que non, rien du tout. Les Shalk savourèrent leurs derniers jours de vacances en famille et leur séjour se déroula alors sous les meilleurs auspices.

De retour à Lille, chacun reprit son quotidien. Bizarrement, Justine n’était pas spécialement ravie d’être rentrée. Gagnée par l’euphorie, l’adolescente rencontrait bien des difficultés à se concentrer sur les choses simples de sa vie de lycéenne. Les cours, les conversations avec sa famille et ses amis : rien ne l’intéressait réellement. Seule comptait à ses yeux cette pierre émeraude qu’elle portait à son cou.

 D’ailleurs, Justine ressentait de plus en plus une véritable connexion avec le bijou.  Elle avait continuellement les yeux baissés vers son pendentif et le sentait presque frémir à son cou. Plus troublant encore : il lui avait semblé entendre une voix à peine audible, semblable à un murmure, s’échapper de la pierre verte. Depuis la veille, elle distinguait même des bribes de mots prononcés, comme si quelqu’un cherchait à rentrer en contact avec elle à travers l’objet…. Pas de doute : cette voix essayait de lui parler. Un matin, alors que Justine partait retrouver son amie Sophie sur le chemin du lycée, l’adolescente s’arrêta en plein milieu de la route.  Elle venait de réussir à capter nettement les paroles : « Que veux-tu ? Penses-y très fort et tu l’obtiendras ! »      

Qu’est-ce que cela signifiait ? Elle décida de se prêter au jeu. A la pause déjeuner, elle se concentra très fort sur une chose qu’elle désirait réellement : réussir son contrôle de maths. La chose s’annonçait compliquée : elle n’avait absolument pas révisé son cours sur les équations et algorithmes. D’ordinaire, Justine était une élève studieuse, douée pour cette matière. Mais depuis quelques jours, la simple perspective d’ouvrir un cahier de mathématiques l’angoissait. Elle avait eu beau essayer, rien n’y faisait. Elle s’installa à sa table de classe et pressa la pierre tout en pensant très fort à son souhait. Elle sentit soudain ses mains trembloter, et, sans avoir le temps de réaliser ce qui se passait, les formules défilèrent à la vitesse de l’éclair sur sa copie. Elle eût fini une demi-heure avant la fin et, le sourire aux lèvres, remit sa copie au prof.

Cela faisait des semaines que Justine regardait le sac de cours de Léna avec envie. Vernis, d’un rouge éclatant, cette merveille lui faisait de l’œil à chaque intercours. Sa mère, farouchement opposée aux marques, ne le lui achèterait pas, elle le savait. L’adolescente fixa le sac, pensa très fort à son désir de le posséder et s’attendit bêtement à le voir faire irruption à son bras. Cela ne fonctionna pas. L’air béat, elle resta là, immobile et se fit bousculer par l’un de ses camarades.

Déçue, elle rumina sur le chemin du retour. Mise à part réussir les contrôles de maths, cette pierre ne servait-t-elle alors à rien d’autre ? Sitôt rentrée chez elle, quelle ne fut pas sa surprise… de voir le sac rouge vernis trôner sur sa chaise de bureau ! Justine se jeta dessus. Elle jubilait. Cette pierre avait bel et bien un pouvoir invraisemblable. Elle était tellement chanceuse de l’avoir trouvé. Elle et personne d’autre. Enfin, elle ne l’avait pas vraiment « trouvé ». Elle repensa à Théo et en oublia même la rancœur qu’elle avait nourri envers lui, le mystérieux garçon de la forêt. Après tout, c’était grâce à lui qu’elle jouissait à présent de ses pouvoirs.

Les jours suivants furent tout bonnement radieux pour Justine. Elle pouvait obtenir tout ce qu’elle souhaitait, et ce, sur simple pensée, semblable à un claquement de doigt… Euphorique, l’adolescente ne savait plus où donner de la tête. Sa nouvelle vie se résumait à dicter à la pierre d’assouvir ses moindres désirs. Seule une contrainte freinait ses pulsions : elle devait veiller à rester discrète. Car il ne fallait pas risquer d’éveiller les soupçons des autres… Sans cela, elle aurait laissé libre cours à son imagination et pleinement profité des bienfaits de l’émeraude. Car elle en avait désormais conscience : cette pierre n’était pas comme les autres : c’était un talisman.

Réconciliée avec sa mère, l’adolescente eut soudain envie de la gâter comme jamais. Tout le monde dans leur entourage le savait : Krystel avait toujours rêvé d’une piscine dans son jardin. Si elle s’était écoutée, Justine aurait bien fait agrandir le jardin et apparaitre une piscine à débordement paradisiaque juste là, devant l’entrée de leur maison pavillonnaire. Mais ce n’était pas possible…
Il fallait être plus subtile. Elle opta alors pour un cadeau plus réaliste et tout autant rêvé : faire réapparaitre un être cher à ses yeux, le chat familial. Disparu il y a des mois, Gustave le chat avait laissé sa mère inconsolable. Tout juste rentrée chez elle, Justine pensa fermement à ce dernier et le visualisa à présent à sa place préférée de toujours, le coin de la fenêtre.

 Quelques instants plus tard, elle entendit des miaulements : Gustave était là. Roulé en boule sur le tapis, Justine pouvait tout juste distinguer ses moustaches pleines de poussières. Débarqué de nulle part, il avait le regard absent et semblait totalement sonné, mais pas de doute, c’était bien lui ! Elle appela sa mère et cette dernière bondit de joie dans le salon en le voyant. Lui, le chat de sa vie, qu’elle avait imaginé ne jamais revoir. Les Shalk passèrent une merveilleuse soirée, le retour de Gustave provoquant par la même occasion chez les jumeaux une euphorie sans précédent, que Justine n’avait pas anticipé. Excités à souhait, Léo et Tom ne lâchèrent le pauvre animal qu’au moment fatidique d’aller au lit.

 Les jours suivants, l’adolescente s’employa à créer des petits bonheurs à profusion pour sa mère, sans que cette dernière ne remarque quoi que ce soit. Cette jolie veste dont elle rêvait, n’était plus disponible dans sa taille ?  Elle réapparaissait subitement dans le rayon. Ses petits frères, plus que jamais capricieux au moment où leur mère s’éclipsait le soir pour voir une amie, ne lui laissaient aucun répit ? Ils regagnaient sagement le canapé en pyjamas en souriant à leur mère, qui s’apprêtait à passer la porte.

Plus le temps passait, plus Justine chérissait son talisman. Avec lui, la vie était devenue si simple. Plus besoin de réviser ses cours, ni d’économiser son argent de poche pour se payer ce qu’elle voulait… Elle pouvait obtenir tout ce qu’elle désirait, quand elle le voulait, et même en faire profiter ses proches. Aussi, il n’était pas question de risquer de le perdre : elle le gardait avec elle en permanence et guettait son cou régulièrement. Justine ne le posait qu’une fois arrivée chez elle, sur son élégant meuble à tiroirs, une « coiffeuse » qui avait appartenu à sa grande tante. Le bijou constituait comme une part d’elle-même, à un détail près : il continuait à lui glisser des mots, comme s’il était une vraie personne, bien distincte. Son engouement pour la pierre commençait à virer à l’obsession : désormais, plus rien ne comptait d’autre.

Justine s’efforçait de canaliser ses désirs et d’exploiter ses vertus raisonnablement. Un petit cadeau par ci, un coup de pouce par là… En toute discrétion. Mais s’il y avait bien une chose qu’elle n’arrivait pas à freiner, c’était son addiction à l’objet. Au fil des semaines, elle devint complètement dépendante de cette pierre. Même son téléphone portable, qui occupait jusqu’alors 80% de ses journées d’ado, la laissait désormais indifférente. Au départ, Patrick et Krystel s’en amusèrent. Mais quand ils la virent faire attendre ses amies, venues la chercher pour aller à une soirée, sans avoir consulté un seul de leurs messages, elle lut sur leurs visages un étonnement empreint d’une certaine inquiétude.

Les choses se gâtèrent un samedi après-midi. Lola était venue lui rendre visite et les deux amies s’amusaient dans la chambre de l’adolescente. A un moment donné, Justine quitta la pièce et, quand elle revint, elle vit avec effroi son meuble de coiffeuse vide. Sa pierre avait disparu. L’adolescente se mit à la chercher partout. Soudain, elle vit ses fragments de lumière vertes éblouissant le cou de Lola. Prise d’un coup de sang, elle se jeta sur son amie et le lui arracha.
– T’es malade ? !!!! Tu fais quoi là ?
– C’est ma pierre ! Tu voulais me la voler ?
– Mais non ! Je te jure, je voulais juste l’essayer.
– Je te crois pas ! Tu n’avais pas le droit de faire ça ! Casse-toi !
– Mais non ! Je voulais juste l’essayer meuf… C’est tout… T’es grave, jte jure !

Lola prit ses affaires, descendit les escaliers à toute hâte et claqua la porte d’entrée de la maison.
– Justine est devenue folle ! lança-t-elle à Krystel Shalk, alors que cette dernière, brusquement interrompue au milieu de sa recette de clafoutis, tentait de la rattraper.

Mais ce fût véritablement le week-end d’après que Krystel perdit toute confiance en sa fille. C’était un vendredi soir et Justine savait qu’elle devait garder ses petits frères. Un soir par mois, ses parents s’accordaient une soirée en amoureux et il était d’usage que leur fille reste à la maison pour veiller sur les jumeaux. Mais ce soir-là, l’adolescente perdit le contrôle. Avec sa pierre, Justine avait perdu l’habitude d’être patiente : à quoi bon, alors que dernière assouvissait tous ses désirs sur le champ ? Or, ce soir-là, les jumeaux étaient capricieux comme rarement ils ne l’avaient été. Sur le point d’exploser, l’adolescente décida qu’une aide de la pierre serait la bienvenue. Léo et Tom passèrent la soirée la plus délirante de leur vie. Ils se roulèrent dans une piscine à balles démente, devinrent des chevaliers du futur en trois dimensions, casques de réalité virtuelle vissés aux oreilles.

Mais tous ces jeux high tech ne les empêchèrent pas de céder à la panique quand ils s’aperçurent… que leur sœur n’était plus là ! A croire que la directive qu’elle avait lancé à sa pierre, de faire apparaitre une baby sitter pour la remplacer, sitôt qu’elle aurait passé le seuil de la porte de la maison, n’avait pas dû être suffisamment claire.

Quand Patrick et Krystel rentrèrent ce soir-là, la porte entrouverte leur annonça d’emblée qu’il se passait quelque chose d’anormal. Ils trouvèrent un de leur fils en pleurs, en pyjama dans le jardin, tandis que le second était prostré dans la cuisine, hurlant « Mon doudouuu »… à tout rompre. Mais leur colère atteint son apogée quand Patrick, qui devançait sa femme, manqua sérieusement de faire un malaise en voyant l’état de leur salon, qui ressemblait à un capharnaüm.
– Justineeeee !!!! hurlèrent-ils à l’unisson dans la nuit.

Qu’avez-vous pensé de ce deuxième épisode ? Laissez votre trace d’humain lecteur en commentaire ! Envie de connaitre la suite de l’histoire ? Retrouvez l’épisode 3 de « Maudite » dès la semaine prochaine sur le blog !

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